Kampot

Chan

L'année dernière, j'avais fait la connaissance de Chan lors de mon premier séjour à Kampot. Il terminera son Master en Finance en juin 2014 et travaille comme guide à l'hôtel dont son grand-père, un Chinois de 81 ans originaire de Taïwan, est propriétaire.


Cette année, Chan m'a suggéré de retourner à Kep pour y déguster de bons crabes au poivre vert. La route entre Kampot et Kep est superbe : rizières, montagne de Bokor sur la droite, plages, magnolias sur canevas bleu-vert à gauche et des zébus parfois qui traversent majestueusement la chaussée. La moto reste le moyen le plus approprié pour ressentir ce qui est présent alentour. A 50-60 km/h, je peux observer tranquillement le spectacle, saluer les familles de Cambodgiens qui, tout sourire, s'en vont au marché entassés sur une moto dépouillée telle une sculpture contemporaine, tout en étant attentif aux explications de Chan concernant un relief, un monument ou encore un commentaire sur le comportement des buffles d'eau.


Après déjeuner, nous nous sommes rendus à Kampong Trach pour y visiter les grottes de Kirisela. Nos guides nous décrivant chaque endroit comme une partie du corps d'un dragon. Ainsi, de son ventre, nous pouvons voir le ciel.


Les enfants ont appris par coeur la description en anglais de chaque concrétion : la tortue, l'aigle, le lapin, mais ils ne me comprennent pas lorsque je m'adresse à eux et demandent alors à Chan de traduire. Il m'explique que cela leur permet de glaner quelques dollars et je perçois bien qu'ils aimeraient beaucoup m'interroger directement sur tout ce qui leur passe par l'esprit, d'où je viens, où je vais, si je suis marié, etc.
Chan traduit autant qu'il peut, même s'il a du mal à contenir le flot de questions. Pour franchir la barrière de la langue nous utilisons le sourire, ce réflexe qui nous lie. Je comprends ce qu'il peut y avoir d'essentiel dans le fait de donner de son temps pour aider les autres à acquérir un savoir, et leurs sourires sont autant d'incitations à répondre à toutes leurs questions.



Sur le chemin du retour, Chan souhaitait que je revoie ses parents. Nous avons dégusté une noix de coco tout en discutant avec sa mère, qui couvait du regard son polyglotte de fils.


Derrière l'autel qui dissuade les mauvais esprits de s'attarder sur l'humble demeure, passent de nombreux véhicules, obligeant les hommes et les chiens qui souhaitent traverser à redoubler de prudence.


Le jour suivant, nous sommes allés sur le bord de mer. Chan voulait "faire des photos pour une amie de Taïwan." J'ai cru comprendre qu'il souhaitait faire plaisir à quelqu'une, mais devant son embarras, j'ai tenté de retranscrire en un cliché ce que ses silences empourprés ne savaient que taire.
Il a regardé la photo, m'a serré la main en disant "thank you my friend, this is my spirit in this picture." Je crois qu'elle lui manque.
Du coup, pour lui remonter un peu le moral, je lui ai proposé d'aller déjeuner au bord d'une rivière. Je n'avais pas la moindre idée de l'endroit où aller, c'était une idée comme ça, pourtant il m'a répondu dans l'instant "Teoch Chhnouk", enfin il me l'a épelé plus tard car j'ai compris "tea or cook", et devant mon air ahuri, il a ajouté "let's go".


Le bruit du temps, quelques oiseaux, la respiration affamée de rares chiens qui mangent des yeux notre poulet en attendant ce que nous n'oserons plus leur subtiliser, et la mine apaisée de Chan devant la beauté enjolante du lieu. 


Tandis que Chan fait la sieste, j'écoute la rivière Byi et je garde un portrait en pieds de mon vis-à-vis.

Demain je retournerai sur Phnom Penh pour récupérer mon passeport enluminé d'un visa chinois.

Merci mon ami pour ta présence et à bientôt j'espère.



Comments

Popular posts from this blog

Métamorphose de la pensée